Le dollar canadien a baissé de 4,5 % entre août dernier et la fin de 2024, en raison notamment de l’écart de taux d’intérêt entre le Canada et les États-Unis, indique la Banque du Canada. Début février, après l’annonce des tarifs douaniers, il atteignait son plus bas niveau en 20 ans : 0,6762.
Les facteurs influençant la valeur du taux de change sont multiples, dont l’attractivité d’un pays pour les investisseurs. La productivité s’est accélérée aux États-Unis comparativement au Canada, faisant craindre que le dollar canadien continue de faire les frais du renforcement du dollar américain au détriment des autres devises.
Sachant combien il est hasardeux de prédire l’évolution des devises et considérant la faiblesse actuelle du dollar canadien, peut-être vous demandez-vous si vous devriez gérer la devise dans vos placements afin de bien gérer vos finances personnelles. Réfléchissons-y ensemble.
Pas un enjeu nouveau
Si l’actualité récente vous fait prendre une conscience plus aiguë des enjeux entourant les devises et leurs fluctuations, il n’en demeure pas moins que vous avez toujours été exposés à ceux-ci, même sans le savoir. Lorsque vous vous intéressez à votre portefeuille, votre attention se porte plus naturellement sur sa composition traditionnelle, comme sa proportion d’obligations et d’actions, selon le profil d’investisseur.
Mais si vous détenez des fonds ou des portefeuilles équilibrés, sachez que leurs gestionnaires investissent dans des titres de revenus fixes et de croissance, mais également qu’une petite partie est généralement investie dans le marché des devises, de l’or, de l’immobilier, et même parfois maintenant dans les cryptomonnaies.
De plus, si vous investissez dans un fonds d’actions mondiales ou internationales, la valeur de la devise canadienne influence les transactions de la même façon que lorsque vous magasinez en ligne. Par exemple, vous ne payerez pas le même prix pour une paire de gants à 100 $US, selon le taux de change au moment de l’achat. Il en va ainsi aussi pour l’achat d’actions ! Le rendement de vos placements varie donc selon la valeur du dollar canadien au moment de l’achat et au moment de la vente.
Comprendre le risque de change
Qu’en est-il des fluctuations du huard ? Les investisseurs canadiens qui possèdent des actifs étrangers, non couverts par la devise, s’exposent à ce qu’on appelle en gestion de portefeuille des risques de change. Les gestionnaires des fonds doivent convertir des dollars canadiens dans la monnaie locale pour acquérir des actions ou des obligations d’une société étrangère.
Plus tard, la vente s’effectue dans la devise étrangère et le produit est reconverti en dollars canadiens. Donc, entre l’achat et la vente des titres, la valeur du dollar canadien peut avoir fluctué par rapport à la devise étrangère. Cette opération peut contribuer ou nuire à votre rendement, selon que le dollar canadien s’est apprécié ou déprécié dans l’intervalle. Par exemple, si la devise canadienne se déprécie, votre rendement dans un fonds en dollars américains sera inférieur rapporté en dollars canadiens.
Comprendre votre portefeuille
La majorité des investisseurs ont une exposition totale aux devises. C’est le cas si vous investissez des fonds non couverts ou si vous achetez des titres boursiers étrangers en dollars canadiens. En théorie, le principe sous-jacent est qu’à long terme, les fluctuations de taux de change vont se neutraliser.
Il existe aussi des fonds d’investissement qui sont couverts ou dits « neutres ». Lorsque vous achetez ce type de fonds, le risque est nul pour les variations du taux de change. Cela signifie par contre que vous laisserez parfois du rendement sur la table. Enfin, certains fonds ou gestionnaires privés offrent une couverture dite tactique. Le gestionnaire du fonds décide alors s’il gère la couverture en fonction des conditions de marché, ou il peut le faire partiellement.
Comment choisir la meilleure option ? Il ne s’agit pas tellement ici de prédire quelle option vous offrira le meilleur rendement en fonction de la couverture de la devise, mais plutôt de faire des choix en fonction du risque que vous êtes prêts à assumer, ainsi qu’en fonction de l’horizon du décaissement.
Chacun sa réalité
Si vous êtes un investisseur en phase d’accumulation, j’aurais tendance à vous conseiller de ne pas trop vous soucier de la devise. Vous aurez beaucoup plus de contrôle à court terme sur vos finances personnelles en revoyant vos projets de vacances à l’étranger qu’en vous cassant la tête avec la gestion des devises. Avant de vous demander si vous devez investir dans un fonds en dollars américains, commencez par investir suffisamment pour atteindre vos objectifs.
Toutefois, si vous déjà avez des dollars américains à investir, il est tout à fait possible de les investir dans des fonds d’investissement en dollars américains également. Il peut s’agir d’un facteur de diversification pour les portefeuilles importants. En période de décaissement, sauf pour les sommes à dépenser aux États-Unis, vous serez inévitablement exposé aux risques de devises.
Des considérations pratiques pourraient toutefois vous pousser à épargner en partie dans des comptes en banque étrangers, si vous voyagez beaucoup ou si vous devez régulièrement faire des achats importants ou réguliers dans une autre devise que le dollar canadien.
Planificatrice financière, l’autrice est présidente du cabinet indépendant Lachapelle finances intelligentes. Elle a publié Si c’était facile nous serions tous riches aux éditions de l’Homme.